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Gerbéviller
"Gerbéviller La Martyre" décorée de la Légion d'Honneur le 27 juillet 1930
 
Armoiries de Gerbéviller blason
 

 

 
 

Petite commune de Meurthe-et-Moselle, située sur les deux rives de la Mortagne, qui est un affluent de la Meurthe, Gerbéviller est à 10 mn de Lunéville et 30 mn de Nancy.

Sa population compte environ 1400 habitants.

       
 
Décorations

Attribution de deux décorations à la cité de Gerbéviller :

  • La Croix de Guerre le 26 juin 1921.
  • Remise de la Légion d'Honneur le 27 juillet 1930.
 

Monuments

Parmi les monuments importants de Gerbéviller, on y trouve une demeure seigneuriale construite par Camille de Lambertye (1714-1770). C'est un château à deux étages constitué de deux ailes ouvrant sur un parc et peuplé de statues à l'antique.
     
 

Commémorations

articles de presse

Chaque année a lieu fin août une cérémonie de commémoration relative à la bataille du 24 août 1914.

Le 24 août 1914, la ville fut ravagée par une attaque allemande, ces derniers voulant prendre le pont sur la Mortagne. Malgré une résistance acharnée, les courageux défenseurs durent céder sous les assauts de l'infanterie ennemie, appuyée par un intense roulement d'artillerie. En représaille, la population fut massacrée et les allemands pillèrent et incendièrent les habitations (80% de la cité fut détruite).

En mémoire de ces heures sombres, Gerbéviller fut surnommée "Gerbéviller-la-Martyre". Le 23 juillet 1930, la ville fut décorée de la Légion d'honneur : Texte de la citation :
« Vieille cité lorraine dont la résistance héroïque au mois d'août 1914 constitué l'un des plus beaux épisodes de la Grande Guerre. Malgré l'incendie et les bombardements qui la dévastèrent entièrement, a donné, par la vaillance de ses défenseurs et par le patriotisme de sa population, le plus magnifique exemple de dévouement et d'abnégation. », la faisant entrer dans le 'club' très fermé des localités du département titulaire de cette décoration. La commune a été citée à l'ordre de l'armée, la croix de guerre.

plaque commémorative du 24 août 1914
Plaque du souvenir située à Gerbéviller sur le pont enjambant la Mortagne.
         
 
Les crimes de l'ennemi...

La commission nationale sur les crimes allemands en 1914 a publié ce qui suit :

De même que Nomeny, la jolie ville de Gerbéviller, au bord de la Mortagne, a été, dans des conditions effroyables, victime de la fureur allemande. Le 24 août 1914 , les troupes ennemies s'y heurtèrent à la résistance héroïque d'une soixantaine de chasseurs à pied, qui leur infligèrent de grosses pertes. Elles s'en vengèrent directement sur la population civile. Dès leur entrée dans la ville, en effet, les allemands se livrèrent aux pires excès, pénétrant dans les habitations en poussant des hurlements féroces, brûlant les édifices, tuant ou arrêtant les habitants, et n'épargnant ni les femmes ni les vieillards.

maisons incendiéesSur 475 maisons, 20 au plus sont encore habitables. Plus de 100 personnes ont disparu, 50 au moins ont été massacrées. Les unes ont été conduites dans les champs pour y être fusillées, les autres ont été assassinées dans leurs demeures, ou abattues au passage dans les rues, quand elles essayaient de fuir l'incendie.

36 cadavres ont été identifiés. Ce sont ceux de MM Barthélémy, Blosse père, Robinet, Chrétien, Rémy, Bourguignon, Perrin, Wuillaume, Bernasconi, Gauthier, Menu, Simon, Lingenheld père et fils, Benoit, Calais, Adam, Caille, Lhuillier, Regret, Plaid, âgé de quatorze ans, Leroi, Bazzolo, Gentil, Dehan (Victor), Dehan (Charles), Dehan fils, Brennewald, Parisse, Yong, François, secrétaire de mairie ; de Mme Perrot, Courtois, Gauthier et Guillaume et des demoiselles Perrin et Miquel.Quinze de ces pauvres gens ont été exécutés au lieu-dit " La Prèle " . Ils ont été enterrés par leurs concitoyens, le 12 ou le 15 septembre. Presque tous avaient les mains liées derrière le dos ; quelques uns avaient les yeux bandés ; les pantalons de la plupart étaient déboutonnés et rabattus jusque sur les pieds.

Le 16 octobre, au lieu-dit " le Haut-de-Vormont ", on a découvert, enfouis sous 15 ou 20 centimètres de terre, dix cadavres de civils portant des traces de balles et ayant tous les yeux bandés. On a trouvé sur l'un d'eux un laissez-passer au nom de Sayer ( Edouard) de Badonviller. Les neufs autres victimes sont inconnues. On croit que ce sont des habitants de Badonvillers qui ont été emmenés par les allemands sur le territoire de Gerbéviller, pour y être fusillés.

Dans les rues et dans les maisons, pendant la journée de carnage, les scènes les plus tragiques se sont produites. Dans la matinée, des ennemis pénètrent chez les époux Lingenheld, se saisissent du fils, âgé de trente-six ans, qui portait le brassard de la Croix-Rouge, lui lient les mains derrière le dos et le traînent dans la rue où ils le fusillent ; puis ils reviennent chercher le père, un vieillard de soixante-dix ans. La dame Lingenheld prend alors la fuite. En se sauvant, elle voit son fils étendu sur le sol. Comme le malheureux remue encore, des allemands l'arrosent de pétrole, auquel ils mettent le feu, en présence de la mère terrifiée. Pendant ce temps, on conduit Lingenheld père à " la Prèle ", où il est exécuté.

Au même moment, des soldats frappent à la porte d'une maison occupée par le sieur Dehan, sa femme et sa belle-mère, la veuve Guillaume, âgée de soixant-dix-huit ans. Celle-ci, qui va leur ouvrir, est fusillée à bout portant et tombe dans les bras de son gendre qui accourt derrière elle. " Ils m'ont tuée, s'écrit-elle, portez-moi dans le jardin. " Ses enfants lui obéissent, l'installent au fond du jardin, avec un oreiller sous la tête et une couverture sur les jambes, puis vont eux-mêmes s'étendre le long d'un mur pour éviter les projectiles. Au bout d'une heure, quand la dame Guillaume est morte, sa fille l'enveloppe dans sa couverture et lui place un mouchoir sur le visage. Presqu'aussitôt, les allemands font irruption dans le jardin. Ils emmènent Dehan, pour le fusiller à " la Prèle " et conduisent sa femme sur la route de Fraimbois, où elle trouve une quarantaine de personnes, principalement des femmes et des enfants, entre les mains de l'ennemi, et où elle entend un officier d'un grade élevé crier : " Il faut fusiller ces enfants et ces femmes. Tout cela doit disparaître ". La menace ne fut pourtant pas suivie d'effet. Rendue le lendemain à la liberté, Mme Dehan put rentrer à Gerbéviller vingt et un jours plus tard. Elle est convaincue, et tous ceux qui ont vu le cadavre partagent cette opinion, que le corps de sa mère a été profané. Elle l'a, en effet, retrouvé étendu sur le dos, les jupes relevées, les jambes écartées et le ventre ouvert.

A l'arrivée des allemands, le sieur Perrin et ses deux filles, Louise et Eugénie, étaient allés se réfugier dans leur écurie. Des soldats y pénétrèrent et l'un d'eux, apercevant la jeune Louise, lui tire à bout portant un coup de fusil à la tête. Eugénie parvient à s'échapper, mais son père est arrêté dans sa fuite, placé parmi les victimes qu'on conduit à " la Prèle " et fusillé avec elles.

Le sieur Yong, qui sort pour mettre son cheval au manège, est abattu devant chez lui. Les allemands, dans leur fureur, tuent le cheval après le maître et mettent le feu à la maison. D'autres soulèvent la trappe d'une cave dans laquelle se sont cachées plusieurs personnes et tirent des coups de fusil dans la direction de celles-ci . La dame Denis Bernard et le jeune Parmentier, âgé de sept ans, sont blessés.

Vers 5 heures du soir, la dame Rozier a entendu une voix suppliante crier : " Pitié ! Pitié ! ". Ces cris venaient de l'une des deux granges voisines, appartenant aux sieurs Poinsard et Barbier. Or, un individu qui servait d'interprète aux allemands a déclaré à une dame Thiébaut, que ceux-ci s'étaient vantés d'avoir brûlé vif, dans l'une de ces granges, un père de famille de cinq enfants, malgré ses supplications et ses appels à leur pitié. Cette déclaration est d'autant plus impressionnante qu'on a trouvé dans la grange Poinsard les débris d'un corps humain carbonisé.

maisons détruitesA côté de ce carnage, d'innombrables actes de violence ont été commis. La femme d'un mobilisé ; la dame X…, a été violée par un soldat, dans le corridor de ses parents, tandis que sa mère, sous la menace d'une baïonnette, était obligée de se sauver. Le 29 août, la Supérieure de l'Hospice, Sœur Julie, dont le dévouement a été admirable, s'étant transportée à l'église paroissiale pour se rendre compte, avec un prêtre mobilisé, de l'état intérieur de l'édifice, constata que la porte en acier du tabernacle avait été l'objet d'une tentative d'effraction. Les allemands, pour parvenir à s'emparer du ciboire, avaient tiré des coups de fusil autour de la serrure. La porte était traversée en plusieurs endroits et le passage des balles y avait formé des trous presque symétriques, ce qui prouvait qu'on avait tiré à bout portant. Quand la religieuse l'ouvrit, elle trouva le ciboire perforé. Les excès et les crimes qui ont été commis à Gerbéviller sont principalement l'œuvre des Bavarois. Les troupes qui s'y sont livrées étaient sous le commandement du général Clauss, dont la brutalité nous a été signalée ailleurs.

Le récit de toutes ces horreurs de Gerbéviller et de Nomeny a été publié en deux volumes qui eurent un succès considérable :

1° Emile Badel : Gerbéviller-la-Martyre, documentaire, historique, anecdotique, avec préface de M. Léon Mirman. Nancy, Rigot, 1916. Un beau volume in-8° de 112 pages avec de nombreuses illustrations.

2° André Viriot : Les Cités Martyres de Lorraine. Les allemands à Nomeny (août 1914) avec préface de M. Louis Marin. Nancy. Rigot. Un volume in-8° de 90 pages avec illustrations.

Le texte ci-dessus est tiré du Livre d'Or du Souvenir Français.

   
 
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